2016-2017 Atelier n° 3

1°) C’est bien de…
Écrire 5 lignes amusantes sur un détail agréable de la vie et commençant par ces mots.

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C’est bien de s’arrêter parfois en plein milieu d’une phrase.

Se rendre compte qu’on parle trop.
Qu’on allait dire quelque chose de blessant, d’inutile, d’irréfléchi.

Que notre intervention n’a aucun intérêt, qu’on ne parle que pour parler.

Qu’on devrait tourner sept fois notre langue dans notre bouche.

Que les mots en l’air finissent par retomber.

Que les mots sont parfois plus acérés que des lames de cutter.

C’est bien le silence.

Emmanuelle

2°) A comme…
En partant des lettres de l’alphabet, laissez parler vos souvenirs. Chaque lettre doit faire surgir un mot, et de ce mot, des réminiscences.

abecedaire

Arriver, partir, attendre sur le quai

Bateau en partance

Ciel bleu, cité des champs, chorba, couscous, chebakias, citronniers

Désir d’eau et de sable, dattiers

Eté brûlant

Fixer l’horizon, les mains de Fatma, les figuiers fertiles

Grenades et kakés, gâteaux de laïde

Harissa et hénné

Imaginer ce qui nous attend

Jeter les miettes aux goëlands

Kief absolu des kakis, Kairouan

Liberté entre ciel et eau

Merveilleux makrouds, muezzin sur le minaret de la mosquée

Nuée d’écume

Oranges douces ou acides

Plages infinies

Quitter son pays

Rêves d’ailleurs

Sousse, Sfax, soleil

Tunis, Tabarka, thé à la menthe et tchatchouka

Utopie

Vestiges, vertiges

Walhabites inconnus

Xéranthèmes

Youyous des jours de fête

Zlabias

Emmanuelle

3°)Auto-portrait
En suivant l’exemple de Simone de Beauvoir et de Michel Leiris, essayez de faire votre auto-portrait. Comme les néons d’un miroir peuvent parfois se montrer cruels, racontez-vous tel que vous vous voyez, sous un éclairage humoristique ou caustique.

beauvoirMon soixante-douzième anniversaire est aussi proche que le jour si proche de la libération. Pour m’en convaincre, je n’ai qu’à me planter devant la glace.

A quarante ans, un jour, j’ai pensé : « Au fond du miroir la vieillesse guette ; et c’est fatal, elle m’aura. » Elle m’a. Souvent je m’arrête, éberluée, devant cette chose incroyable qui me sert de visage. Je comprends la Castiglione qui avait brisé tous les miroirs. Il me semblait que je me souciais peu de mon apparence. Ainsi les gens qui mangent à leur faim et qui se portent bien oublient leur estomac ; tant que j’ai pu regarder ma figure sans déplaisir, je l’oubliais, elle allait de soi. Rien ne va plus. Je déteste mon image : au-dessus des yeux, la casquette, les poches en-dessous, la face trop pleine, et cet air de tristesse autour de la bouche que donnent les rides. Peut-être les gens qui me croisent voient-ils simplement une quinquagénaire qui n’est ni bien ni mal, elle a l’âge qu’elle a. Mais moi je vois mon ancienne tête où une vérole s’est mise dont je ne guérirai pas.

Simone de Beauvoir, La force des choses, Gallimard

leirisJe viens d’avoir trente-quatre ans, la moitié de la vie. Au physique, je suis de taille moyenne, plutôt petit. J’ai des cheveux châtains coupés court afin d’éviter qu’ils ondulent, par crainte aussi que ne se développe une calvitie menaçante. Autant que je puisse en juger, les traits caractéristiques de ma physionomie sont : une nuque très droite, tombant verticalement comme une muraille ou une falaise, marque classique (si l’on en croit les astrologues) des personnes nées sous le signe du Taureau; un front développé, plutôt bossu, aux veines temporales exagérément noueuses et saillantes. Cette ampleur de front est en rapport (selon le dire des astrologues) avec le signe du Bélier; et en effet je suis né un 20 avril, donc aux confins de ces deux signes: le Bélier et le Taureau. Mes yeux sont bruns, avec le bord des paupières habituellement enflammé; mon teint est coloré; j’ai honte d’une fâcheuse tendance aux rougeurs et à la peau luisante. Mes mains sont maigres, assez velues, avec des veines très dessinées; mes deux majeurs, incurvés vers le bout, doivent dénoter quelque chose d’assez faible ou d’assez fuyant dans mon caractère.
Ma tête est plutôt grosse pour mon corps; j’ai les jambes un peu courtes par rapport à mon torse, les épaules trop étroites relativement aux hanches. Je marche le haut du corps incliné en avant; j’ai tendance, lorsque je suis assis, à me tenir le dos voûté; ma poitrine n’est pas très large et je n’ai guère de muscles. J’aime à me vêtir avec le maximum d’élégance; pourtant, à cause des défauts que je viens de relever dans ma structure et
de mes moyens qui, sans que je puisse me dire pauvre, sont plutôt limités, je me juge d’ordinaire profondément inélégant; j’ai horreur de me voir à l’improviste dans une glace car, faute de m’y être préparé, je me trouve à chaque fois d’une laideur humiliante.

>Michel Leiris, L’âge d’homme, Gallimard

emmanuelleNi tout à fait une autre, ni tout à fait la même. Voilà ce qui me saute aux yeux lorsque je suis confrontée à mon apparence. Pas tout à fait la même… Car les changements, plus ou moins perceptibles, sont là et bien là. Mes cheveux gris-blancs d’abord. Petite, j’avais les cheveux châtains clairs, qui avaient bruni avec le temps. Les teintures sont ensuite passées par là : orange, acajou, brun, noir corbeau. Les rides se sont creusés au fil du temps, surtout la ride du lion : je fronce souvent les sourcils lorsque je me concentre sur quelque chose. Et les rides du rire autour des yeux, comme un caillou que l’on jette à l’eau, un éventail déplié. Éventail de plissements autour de la bouche aussi. Tout tombe un peu : les paupières, les joues, le menton. Comme si le visage entier déclarait forfait et abandonnait peu à peu la partie. J’ai un grand corps qui ne sait jamais trop où se mettre. Impression depuis toujours d’être un éléphant dans un magasin de porcelaine. Un grand buste court sur pattes. La réalité est que j’attache une importance toute relative à mon apparence. Prendre soin de moi, oui, pour me sentir bien, pour ne pas dépareiller, c’est agréable. Mais pas question d’y passer des heures.

J’aime me maquiller pour les couleurs et la bonne mine. Je ne connais rien à l’art de la coiffure : il faut que ça aille vite alors hop, tête en bas, des coups de brosse dans tous les sens et ce que j’attrape sous la main, du gel ou de la laque… De toute façon mes cheveux sont réfractaires à tout : ils finissent toujours par avoir le dernier mot et pendent, lisses, plats, raides, mous, apathiques. Je n’ai pas le cheveu révolutionnaire. La bataille est perdue d’avance. J’aurais aimé avoir une épaisse chevelure bouclée, rousse, éclatante… Une chevelure d’irlandaise avec des lèvres pulpeuses et des yeux d’émeraude. Mais bon, je ne déteste pas l’image que me renvoie mon miroir : elle me ressemble assez finalement. Pas tout à fait une autre au fond. Je me fais une grimace, me tire la langue et derrière le teint fané et les atteintes de l’âge, c’est bien moi. J’ai toujours quinze ans et tous mes rêves intacts.

Emmanuelle

4°) D’hier à demain
En commençant vos phrases ou vos vers par des adverbes de temps : hier, aujourd’hui, demain, autrefois, auparavant, bientôt, depuis, désormais, dorénavant, entre-temps, jadis, longtemps, maintenant, naguère, parfois, souvent, tantôt, toujours, etc… imaginez un petit texte d’inspiration poétique.

ppf

Hier je croyais que tout était possible.
Aujourd’hui ne pense que rien n’est impossible.

Demain, j’atteindrai peut-être ma cible.

Autrefois, je disais : l’amour dure toujours.

Depuis, je pense… Qu’il ne faut pas l’oublier sur le feu.

Entre-temps j’ai appris à le cuisiner de mieux en mieux.

Jadis j’étais entourée de gens que j’aimais,

Et maintenant ils sont poussière au pied d’un cyprès.
Désormais j’espère le jour où je les reverrai.

Naguère j’ai marché à l’aube sur des chemins

Et parfois j’y retourne pour mettre mes pas dans les miens…
Bientôt je partirai pour faire de la place.
Dorénavant d’autres marcheront sur mes traces.

Emmanuelle