2016-2017 Atelier n° 4

1°) Un livre au hasard.
Un livre est emprunté sur une étagère.
Noter les cinq premiers mots et les cinq derniers mots du livre.
Se laisser inspirer par ces mots et s’en servir dans n’importe quel ordre.

Mots du livre : On était le matin du / Invita à prendre le déjeuner

chute

On était le matin, et tout le monde fin prêt pour la randonnée;
quand dégringola des escaliers l’un de nous;
la figure cassée, ne put continuer, et se mit même à genoux
pour nous convaincre tous de partir sans hésiter,
et laisser soigner par les maitres du logis, son front bosselé.
« Revenez me chercher ici, quand reposé pourrai inviter vous tous à déjeuner et faire joyeuse tablée. avec nous les randonneurs en bonne santé !

Christine

On avait fixé une date, enfin. Mardi matin, le patron de la Business Inc. n’était libre qu’à l’heure du petit déjeuner. Il m’invita donc à le rejoindre dans leurs superbes locaux qui dominaient New York.

« On se fera servir un brunch. » me dit-il tout en répondant au téléphone.

En arrivant le jour j, je fus impressionné par le monde qui arpentait les couloirs, l’opulence du décor, les tapis épais, les tableaux magnifiquement encadrés, le salon de réception en bois d’acajou. Je pris l’ascenseur jusqu’au 130 ème étage, pressé de signer. Ce contrat allait me mettre à l’aise pour quelque temps, c’était rassurant pour ma petite entreprise de boulons. On nous servit un breakfast royal, avec des muffins frais et des scones à l’anglaise. Hélas le service fut mené tambour battant, Douglas Spencer ayant un rendez-vous juste après. Son emploi du temps ne lui laissait guère le temps de souffler. Nous avons donc signé en quatrième vitesse après plusieurs interruptions : des coups de fils, des textos, un courrier à signer. Enfin je suis reparti, le cœur en fête, mon dossier sous le bras.

ny

Je venais à peine de quitter le bâtiment, vers neuf heures moins vingt, lorsque le 1er avion s’est encastré dans une des tours jumelles. On était le onze septembre 2001.

Emmanuelle

 

Plus possible de contourner. Plus possible de fuir. Il était là. Devant nous. Et on devait faire face.

On était le matin du 5 septembre. Une date qui pouvait facilement passer inaperçu. Une date qu’on pouvait facilement zapper si on n’y prenait pas garde. Pourtant, personne ne l’avait oubliée.

Dans son bureau, un collègue entretenait avec lui une conversation badine et l’invita à prendre le déjeuner. Il devait être dans de bonnes dispositions. Tant mieux. Mais  le semblant de sérénité qui nous habitait fut de courte durée. Au moment du départ, le collègue en question nous adressa un regard torve et un sourire en coin du plus mauvais effet. De ceux qui vous font sentir dans vos petits souliers et régresser à l’âge de quatre ans et demi.

C’est alors que l’homme nous invita à entrer. D’un ton sec et cassant.

J’avançai à petits pas. Mon compagnon aussi. Sans nous laisser le temps de nous asseoir, il prit la parole à nouveau : « Alors, cette déclaration des impôts, elle en est où ? ».

impotsz

Elodie

2°) Une recette de cuisine à la façon de Raymond Queneau
Vous souhaitez changer le monde… Mettre un peu de sourire
dans la vie de tous les jours ? Donner un conseil ?
Dites-le à la manière d’une recette de cuisine.

queneauPOUR UN ART POETIQUE
Prenez un mot prenez en deux
Faites cuire comme des oeufs
Prenez un petit bout de sens
puis un grand morceau
d’innocence
Faites chauffer à petit feu
au petit feu de la technique
Versez la sauce énigmatique
Saupoudrez de quelques étoiles
Poivrez et puis mettez les voiles
Où voulez-vous donc en venir ?
A écrire
Vraiment, à écrire ????

Raymond  Queneau

La recette de l’atelier d’écriture

Préparez bien à l’avance tous vos ingrédients :atelier

Gommes, taille-crayons, livres, papiers, stylos.

Réservez au calme quelques participants.
Mélangez au hasard une série de mots,

Mixez-les avec une consigne inattendue

Et faites doucement fondre une motte de poésie.

Épicez le tout d’un zeste de fantaisie

Puis laissez mijoter : prose, poèmes, haïkus…

Emmanuelle

Vous cherchez du travail ?
Prenez un énorme saladier de courage,
Cassez toutes vos réserves d’ingéniosité,
et malaxez avec une pointe d’humour,pe
4 grosses cuillères de réflexion
sur vos mérites les plus intéressants,
fouettez énergiquement,
vous obtiendrez une pâte qu’il faudra étaler
sur un fond de tarte au beurre de patience,
déjà cuit et légèrement salé.
Ajoutez des formules bien tournées
et légèrement grillées sur vos diplômes,
que vous couperez en quartiers fins,
cela donnera un curriculum-vitae
à mettre au four de Pôle-Emploi,
chauffé au préalable quelques semaines ou quelques mois.
Surveillez attentivement la cuisson.
Vous aurez toutes chances de trouver un boulot
absolument hors de vos compétences..
Vous pouvez alors redonner un petit coup de chauffe
ou même carrément essayer le micro-ondes.
Il y a parfois des surprises .

Christine

3°) Les sens en alerte
Pouvoir goûter, entendre, toucher, voir, sentir… l’inimaginable.
Essayez de décrire et faire ressortir tout ce que vous ressentez.
Choisissez un de vos sens. En partant de ce que vous avez pu ressentir de mieux grâce à ce sens, cherchez au-delà, ce que vous aimeriez ressentir de plus fort encore… Vous aimez telle musique par exemple, mais quelle est la musique, le son qui vous comblerait… Pourquoi ? Laissez votre imagination partir sur des chemins de rêve où vos sens
pourraient vous conduire, en essayant de disséquer tout ce que vous pourriez découvrir.

Exemple, écouter « le silence de la forêt » à la manière de Jacques Brosse :
On pénètre dans le silence comme dans une pièce obscure. Au début, on ne voit rien, puis les linéaments des choses faiblement émergent, lueurs incertaines, changeantes, quelque temps illusoires, l’espace se divise en masses indistinctes qui bientôt elle-mêmes se fractionnent, enfin les formes s’immobilisent et s’imposent…
Le silence n’est pas l’absence de sons, mais recueillement de l’air, attention extrême au minuscule chuchotement de la vie… »

Jacques Brosse « L’ouïe », l’inventaire des sens, Le Seuil 1965

Les eaux chaudes d’ Islande

J’avancerai doucement.
islandeMes pieds sentiront la terre granuleuse en gratter la corne, les galets froids en chatouiller les orteils. La nappe d’eau étendue devant moi m’aspirera comme un appel à la liberté. J’avancerai doucement dans l’écume chaude et bouillonnante des sources, m’enfonçant de plus en plus dans leur chaleur humide. Elle m’envelopperont comme m’enveloppait le souffle chaud de ma mère. La tiédeur d’une brise d’été. Un peignoir de soie réchauffé par un poêle à bois. L’eau glissera sur ma peau comme des milliers de perles brûlantes, caressant mon épiderme, l’exacerbant dans un long frisson de plaisir. Chaque fibre de mon être y trouvera une résonance. Bras tendus je me laisserai bercer par les vagues qui vont et viennent, telles des caresses soufflant tour à tour le chaud et le froid. Chaleur de l’eau souffreteuse. Froideur de l’air vivifiant d’un matin d’hiver. Ciel brumeux, nuages d’acier. Neige sur la plaine. Odeur entêtante laissant un goût âcre dans ma bouche. Massage de la nature en ébullition.

Emmanuelle

 toucher

Le toucher est le palpable délicieux, qui fait reconnaitre sous mes doigts un fruit rugueux, un métal lisse, un liquide chaud qui mouille la pulpe de mon index, ou la peau douce d’un bébé sur la joue duquel je promène délicatement mes lèvres.

            C’est un chatouillais infime, une sensation de ma peau et, à la fois de mon esprit, qui soupèse le calibre des grains, la chaleur ou la douceur de l’objet : « Oui je sais! Je me rappelle ! ».

            Mais cela pourrait être aussi une surprise, un étonnement indicible : « Qu’est ce que cela ? » et un plaisir  ineffable devant ce demi secret, teinté de souvenirs et de nostalgie.

Christine

lueurs

Elle est là. Lumineuse, aux couleurs changeantes et chatoyantes.

Devant moi, elle déambule de sa démarche chaloupée, habillée de rose bonbon, de vert forêt, de rouge sang ou sanglée dans une cape d’un noir d’encre. Les courbes douces ou abruptes, elle suit le fil et le rythme de mes pensées. Par instants, elle semble proche et me file entre les doigts d’un sourire mutin. A d’autres, elle s’éloigne. Mais cette frêle et loyale lueur d’imagination ne quitte jamais mon champ de vision.

Elodie

4°) Haïku
« Sur la pointe d’une herbe
Devant l’infini du ciel
Une fourmi. »

(Ozaki Hôsai)

Règles du haïku : En général 5/7/5 syllabes, mais cette règle est souvent enfreinte. L’important réside plutôt dans le fait d’exprimer en peu de mot, dans une simplicité de
langage, le ressenti d’un instant, beauté d’un lieu, mouvement fugitif, état d’âme, un détail qui s’inscrit au présent dans le cosmos et dans l’éternité. Tendresse, délicatesse, pudeur, humour sont à l’honneur.
Écrire un haïku faisant ressortir fortement une sensation (toucher, odeur, goût, vue, son…).

bdMon petit Fernand
commente pour moi uns B-D
que je n’ai pas comprise
Douce jubilation..

Christine

 
Sous le soleil d’hiver

Respirer à pleins poumons

L’herbe gelée

 

Sous l’œil bleu du ciel

L’eau me berce dans ses bras

Comme une plume

 

Au chaud sous les drapscorps

Harmonie d’un corps à corps

Quand il pleut dehors

Emmanuelle

seulSous le grand manteau noir,

Un doux filin de solitude.

Pensées d’ivoire.

Elodie