Atelier du 08-02-13

Ce soir nous commençons par faire de nouvelles révélations sur « la liberté guidant le peuple » vandalisée au Louvre-Lens. Ensuite un cadavre exquis où nous rencontrons au fur et à mesure des textes qui circulent une dame au guichet, des lunettes, un panier, une horloge et un éléphant… Enfin pour ceux qui ont eu le temps un texte libre sur le thème « les objets ont-ils une âme ? »

1) Premier atelier, révélations sur le tableau de Delacroix vandalisé au Louvre-Lens.

Eugène_Delacroix_-_La_liberté_guidant_le_peupleLa coupable, c’est Martine notre voisine !! :

 » T’as entendu la nouvelle ?
– Laquelle ?
– Ben, le tableau de Delacroix au musée du Louvre de Lens .
– Oui, c’est dingue.
– Je sais qui c’est et…tu la connais !
– Ah bon ?
– Accroche-toi, c’est Martine, la voisine !
– C’est pas vrai !
– Si, ils viennent de la montrer au JT de 20h. Je l’ai reconnue avec son bibi rose fuchsia sur la tête.
– Et alors, pourquoi elle a fait ça ?
– Elle prétend mener une croisade contre la nudité des femmes dans l’art. Au moment où on l’arrêtait, elle était en train de dessiner au marqueur un soutien-gorge pour cacher la poitrine de l’allégorie.
– Ah la la, quelle époque ? Heureusement que c’est un cas isolé ! Je vais écouter France info pour en savoir plus. »
« On apprend à l’instant que le tableau de Courbet  « L’origine du monde » vient d’être vandalisé par un homme de 29 ans dont l’identité n’a pas été communiquée !… »

Laurent

La coupable parle : 

« Les gens peuvent penser ce qu’ils veulent, que je suis folle, que ce que j’ai fait est une atteinte à l’art, à l’histoire de l’humanité. Je ne regrette pas mon geste. L’art naît dans la rue et finit dans les musées où son côté novateur et charnel se voient souillé par des cohortes de badauds téléguidés qui, il y a deux siècles n’auraient pas accorder un verre d’absinthe à Van Gogh, qui plus récemment traitaient de gribouillis les toiles de Picasso, qui plus récemment encore pouffaient devant les assemblages de Soulages.

Soulages-1_image-gauche

L’art est un marché, un business où les musées sont des stades emplis de stars multimillionnaires. Comme jadis, à l’heure où seule la noblesse avait l’apanage de la culture, la bourgeoisie pose son œil inquisiteur sur les toiles tandis que le bas peuple sommeille au doux son de TF1.

Si j’ai marqué « La liberté guidant le peuple » sur cette toile de Delacroix, ce n’est pas par irrespect envers l’artiste et son œuvre mais plutôt par rapport à la manière dont in a instrumentalisé celle-ci. L’art est dans la rue. Combien d’artistes crèvent de faim, tandis que Francis Bacon et Johnny Halliday décrochent le jackpot. Comment l’art qui est sensé représenter une alternative à la société de consommation peut-il en être le symbole ? Comment l’art qui est censé nous libérer et nous singulariser nous transforme-t-il en moutons ? »

Christian

Un témoin :

Je visitais le musée, lorsque cette femme fut appréhendée. Le tollé de son acte me vint aux oreilles avec l’efficacité du téléphone arabe. Comme j’étais encore sur place et qu’on n’envisageait pas visiblement d’évacuer les lieux, je me rendis sur place, voir le fameux tableau. La foule des curieux outrés était très dense, et m’empêchait de voir entièrement l’inscription. Je pus cependant déchiffrer les mots : « Mon cul ! »

Il ne m’en fallut pas plus pour ébranler mes méninges qui se mirent aussitôt à s’échauffer. Cette femme avait-elle vécue une révolution déçue ? La liberté est-elle une illusion ? Ne peut-on plus croire ou espérer par la solidarité populaire, nous libérer du joug de gouvernants autoritaires ? La Syrie, la Lybie, l’Egypte, la France aussi en son temps connurent leurs révolutions populaires. Que sont-elles devenues ? Où sont les libertés et les démocraties promises ? Que sont devenues ces promesses printanières qui mirent le baume au cœur de milliers d’insoumis, ces promesses arrachées au prix de millions de vies ? Où se perdent encore les cris de désespoir dénonçant l’injustice ? Par quelles oreilles empathiques sont ils entendus ? Quelles bouches compatissantes les consolent ?

drapeau.jpg

« la liberté guidant le Peuple » , on y croit « Mon cul », ça durera le temps des faux semblants, puis le tyran reviendra, élu démocratiquement et en toute liberté, par le peuple abusé, porté un temps par le souffle de la victoire, cette illusion proclamée par ceux là même qui se l’approprieront, afin de monter en triomphateur sue le première marche. La roue tourne et finalement revient à son point de départ !

Si j’avais un marqueur, j’aurais tout graffité sur le mur à côté du tableau, respect pour l’art oblige.

Cicé

Un témoin, connaisseur en toiles !! :

Comme de bien entendu, on interviewe toujours les mêmes ; on entend toujours les mêmes avis avisés, mais pas grand-chose de tout cela n’est vrai car chacun veut sa part de gloire… Je le sais depuis le temps que je voyage de toile en toile dans un renfoncement de dorures .

J’affectionne particulièrement le 19ème siècle, la loge est plus spacieuse, je n’ai pas toujours besoin de rajouter des fils suspendus et je peux guetter à loisir les visiteurs… Aussi je vous le dis : « depuis le temps ,je les connais !  Moi je peux faire le tri entre les pas-perdus, les égarés qui sillonnent les couloirs les yeux en l’air ne sachant que regarder ; les amoureux toujours les poches emmêlées qui s’attardent parfois juste pour se serrer un peu plus ; les étudiants : alors là j’ai intérêt à ne pas bouger cat ils s’approchent vraiment et j’ai failli quelques fois être découverte… Il y a aussi les familles ! Celles qui en veulent pour l’éducation de leurs enfants, qui sont un peu chez elles et font salon, commentent les auteurs comme un membre de leur famille, plus ou moins aimé… c’est selon. Et puis il y a les inconnus, les « hors classe ». Chaque année, j’en découvre. Comme ce matin, je l’ai vue remonter l’allée, les mains agitées avec une pointe feutre qu’elle ouvrait et refermait au rythme de sa marche. Je l’ai perdue de vue chaque fois qu’elle arrivait aux croisement des allées mais trois fois elle est repassée toujours aussi souple et agitée. Et puis d’un coup j’ai sursauté, c’est moi qui ait eu peur quand d’habitude c’est moi qui effraye ! D’un coup elle a franchi l’espace vers la toile, a pris appui là où je nichai tranquillement depuis la nouvelle installation de mon cadre préféré. Elle a lâché cette encre à l’odeur asphyxiante, toxique et infâme pour l’honorable et légère araignée que je suis, spécialiste de l’encadrement des maîtres du 19è !

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Et bien sûr, personne ne parle du malaise que j’ai subi, des appels que j’ai dû lancer pour que des consoeurs viennent me sortir de ce guêt- apens dressé maintenant par des enquêteurs sortis de je ne sais où, ignorants tout de la vie quotidienne du petit peuple qui cohabite avec les toiles des grands maitres, et pourtant si assidu à filtrer cette atmosphère précieuse et commune.

Aussi je vous remercie de votre labeur du soir qui pour une fois servira à nous donner une place dans les fils de l’histoire.

Cathy Bo.

 Un témoin anonyme :
Je préfère rester anonyme, car on m’accuserait d’avoir manqué à mes devoirs de délation.
Qui je suis ? Un simple quidam, un visiteur du musée comme il y en a tant.Cette femme, je l’avais entraperçue ce matin. Elle m’a frappé à cause de son regard émerveillé, extasié même. Autour d’elle, la foule, lassée d’attendre dans cette queue interminable, bruissait d’impatience. Il faisait beau. Le soleil, le ciel bleu, la lumière ambiante étaient magiques. Dans ce beau temps hivernal, le bâtiment du musée était une œuvre d’art à lui tout-seul. Les visiteurs, visages hostiles, fermés, serrant avec méfiance contre eux leurs sacs à main ou leurs enfants, n’y prêtaient guère attention.

Elle, elle n’en perdait pas une miette, s’émerveillant du reflet du ciel sur les vitres. Elle souriait, menue, perdue dans une pauvre veste en bouclettes.

Je l’ai perdue de vue et plus tard, l’ai surprise en méditation devant un Courbet. C’est alors que… Je l’ai prise en flagrant délit… Elle a redressé la moustache du personnage principal, ce qui lui donnait un air un peu facétieux, puis a ajouté un sourire là où il manquait cruellement. Et sur tous les portraits suivants – un Modigliani acerbe, un Dali renfermé, un Picasso sévère, un Van Gogh maladif, un Clouet sérieux – elle a dessiné des sourires sans sourciller. Les gardiens du musée, occupés à discuter de leur salaire, n’ont rien vu, ce qui prouve bien qu’elle n’avait en rien dénaturé les tableaux.

joconde

On parle du sourire de la Joconde. Trouvez-vous que Mona Lisa vous regarde avec aménité, vous ? Et la Liberté de Delacroix… A t-elle l’air ravi de quelqu’un qui représente un si noble combat ?

Bref, l’inconnue a voulu égayer le musée. Crayonner un peu de fantaisie sur la morosité ambiante. Il s’agit d’un marqueur, indélébile, soit ! Mais l’intention était bonne. D’ailleurs, preuve en est, les enfants qui l’ont vue faire ont aussitôt filé à la boutique du Musée pour s’acheter des feutres.

Emmanuelle

Un visiteur du musée interrogé :
Ecoutez, je ne la connais pas, mais j’ai vu cette personne arriver dans la salle, à tâtons, les mains sur les murs comme si elle était aveugle. Elle s’est d’ailleurs fait reprendre par la gardienne de la porte bleue. Elle s’est un peu redressé, a mis ses mains dans les poches. Le plus étrange et ce pour quoi je l’ai observée attentivement, c’était son accoutrement: une redingote à la Charlot, une grosse écharpe à fleurs, un bonnet enfoncé jusqu’aux
sourcils et un jupe andalouse à volants . j’étais ainsi scotché par cette sorte de clown, quand je lui ai vu sortir du papier et des feutres pour se mettre à dessiner pour recopier la petite
nature morte , vous savez, à droite du grand Delacroix. Je déambulais moi même dans la salle sans la quitter des yeux tant j’étais étonné, quand je l’ai vue, tout à coup, armé d’un gros feutre noir, gribouiller quelque chose sur le Delacroix.outil-marqueur

J’ai attendu quelques secondes avant de me mettre à crier: «Mais que faites vous Mme?». A cet instant, le surveillant qui était là-bas a accouru et s’est joint à moi pour lui arracher son feutre. Mais elle a protesté, disant que celui-ci était à elle et qu’elle s’en servait tous les jours. La stupeur retombée, vous savez, j’ai ri intérieurement: en effet si tous les jours elle allait gribouiller dans les musées, il était grand temps qu’on lui arrache, son feutre !!

Christine

2) textes à 6 mains.  Sur la feuille que l’on transmet au voisin, les mêmes mots  imposés de temps en temps, au gré de l’écriture . Voici dond six portraits de « dames au guichet »…

La dame au guichet de la poste avait encore changé ! Bien sûr, le jour où je devais retirer un courrier qui ne m’étais pas destiné…

En plus elle me lorgnait d’un ton rogue et prenait tout son temps pour finir de nettoyer son bureau pourtant impeccable.

Tous les mêmes ces fonctionnaires ! Glandus et compagnie. Je me racle la gorge, tape du pied, pianote des ongles sur le formica de la banque… Par-dessus ses lunettes , elle me regarde enfin, feignant de me découvrir là , comme si je venais d’arriver.

Et finalement, c’est vrai, elle relève la tête et elle me découvre. Ou plutôt , elle me redécouvre car aussi surprenant que cela paraisse, nous nous connaissons. Mais il y a si longtemps…logo_panier_garni

On s’était jadis connu à un loto de la paroisse, devant se partager pour une quine gagnante un panier garni. « Mon Dieu , c’est toi Maurice ? Je n’en crois pas mes yeux ! Alors que racontes-tu ? tu es marié, tu as des enfants ? » J’étais bien embêté car je n’avais aucune envie de déballer ma vie privée dans ce minuscule bureau de poste ou tout le monde nous entendait…

Mais cette fois je me dis que c’était aussi l’occasion d’arriver à mes fins. Peut-être même que l’horloge jouerait en ma faveur ? Je renchéris d’un fort « oui, j’ai des enfants et je viens pour le dernier qui a trouvé du travail à la montagne depuis 8 jours, et voilà qu’un courrier recommandé est arrivé à son nom ! Tu me vois aussi encombré qu’un éléphant dans un régiment si tu ne me dépatouilles pas cette remise de lettre … Vraiment, c’est mon jour de chance de tomber sur toi !!

texte à  6 mains commencé et terminé par Cathy Bo

La dame au guichet me regarde d’un air exténué, l’œil humide, et la voix pâteuse. Elle semble vouloir me faire comprendre un message, du genre : je n’ai pas que vous comme client ! Effectivement, la queue derrière moi s’étire et piaffe, mais je n’y suis pour rien. Sa lenteur et son incompétence m’exaspèrent. Je ne lâcherai pas le morceau. J’exige une réponse. Ses lunettes à écaille de tortues, d’un autre siècle, aux verres opaques, finissent de lui donner une tonalité fort désagréable, surtout qu’elles ne semblent pas l’aider à trouver enfin une réponse à cette question qui me semblait anodine !

guichet

Je lui réitère donc ma question d’une voix timide : « Comment dois-je faire pour avoir accès au dossier 267… Dans quel panier de crabes se trouve t-il pour qu’on le consulte à loisir ? »

Et là, tout d’un coup, « ma » dame au guichet sursaute, me regarde (je ne suis pas sûr à cause des lunettes) et me sourit (si – si ! Je vous assure !).

«  Vous avez bien dit : 267 ? »

Et voilà que ça recommence, c’est le trou noir. Je ne sais plus qui je suis, ce que je fais dans cette conversation, si c’est moi qui cherche quelque chose d’important ou si je suis chargé d’une mission particulière. Autour de moi, tout est étrange…

Heureusement, l’horloge se met à égrener dix coups et tout me revient en mémoire. Une semaine que je ne dors pas. Depuis que j’ai appris, grâce à cette infirmière à la mémoire d’éléphant les détails de ma naissance. Elle a répété plusieurs fois : « dossier 267 !  J’en suis sûre… 267 ! Je m’en rappelle… C’est dans ce dossier que vous saurez qui est votre mère. »

J’étais né sous x. J’allais enfin tout savoir lorsque brusquement, la guichetière revient, le dossier 267 à la main, et me tend les bras :

« Mon fils ! » crie t-elle en se ruant sur moi.

Y a t-il plus belle surprise que de retrouver sa vraie mère derrière un guichet de l’Aide Sociale à l’Enfance ?

Texte à 6 mains commencé et terminé par Emmanuelle

La dame au guichet me regarda dans les yeux, sortit un mouchoir et se mit à pleurer à gros
sanglots. «Evidemment il faut que ça tombe à mon tour, et après une heure d’attente! A croire qu’elle 
connait mon côté bonne poire, toujours prête à rendre service «. Bref, je lui tapote le dos, m’intéresse à ses problèmes et l’écoute patiemment me raconter sa vie.
Midi approche, je regarde discrètement la pendule, les lunettes sur le crâne. Je n’en peux 
plus de ses jérémiades, quand sonne mon portable je souffle de soulagement et saisis l’excuse pour me soustraire à son emprise. la liaison est mauvaise et j’en profite pour quitter le Pôle Emploi, car de toutes façons, aucune nouvelle proposition ne me sera faite, surtout avec cette guichetière.

guichet-2.0

C’est Luc qui m’appelle. Enfin. «Coucou mon amour, tu es où? Prends ton panier d’osier et
partons faire un tour aux champignons»
«Attends je te rappelle». En effet ma guichetière me court après dans la rue, adoucie, qui
m’affirme qu’elle veut bien s’occuper de moi, que son horloge biologique était déréglée, mais que ça va aller mieux puisqu’il est presque midi, et patati…

«Ah bon, vous croyez?» Je me sens comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.
«Ecoutez: je vais plutôt aller ramasser des champignons et je vous en rapporterai pour aider 
votre horloge à rester bien réglée». Dans mon for intérieur, je me suis promis de lui en rapporter quelques-uns bien vénéneux.

Texte à 6 mains commencé et terminé par Christine

La dame au guichet poinçonne des lilas en mâchonnant un chewing gum à la camomille tout en écoutant à la radio des airs d’opéra bouffe. Le monsieur en face s’impatiente :

« J’ai des timbres à acheter, moi, et je ne veux pas que vous me les poinçonniez !

– C’est parfait, dit elle, regardez dans le présentoir ce qui vous convient. J’ai aussi des lunettes en 3 D si vous voulez voir les détails. Et même, ajoute-t-elle, depuis peu, la poste propose à la vente des petits plats tout prêts à réchauffer au micro-ondes : chili con carne, aux poireaux ou gratin de gruyère aromatisé au pastis. »

Je reste bouche bée, la salive aux lèvres. Je ne m’attendais pas à tant de choix, mais je ne comprends pas comment la dame va pouvoir poinçonner mon chili con carne ?

De son panier, elle sort alors ses couverts, se saisit de mon plat et l’enfourne dans le distributeur automatique de timbres. Je me demande si ce n’est pas moi qui deviens complètement timbré !

guichet-unique-

«  Et voilà Monsieur ! Le tour est joué. Est-ce que je vous mets avec ça un catalyseur à patates, un écrase blues, un diffuseur de patchouli moldave, un dégoupilleur de grenades, une horloge à rebours ou alors, je vous laisse seul avec vos tristes timbres afin que vous vous sentiez penaud et gris comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.

 

 

 

Texte à 6 mains commencé et terminé par Christian

La dame au guichet était mal lunée, elle s’affaissait sans piper mot, ni décocher aucun sourire, ni même de bonjour. Cela commençait mal, surtout que ma demande était assez particulière. En effet, il s’agissait d’obtenir de l’administration la possibilité de pouvoir changer de nom car le mien s’avérait au gré du temps problématique et embarrassant.

«  Mon cher Monsieur, dit-elle d’un ton pincé, de toutes façons, il fallait enlever vos lunettes : vos photos ne sont pas valables ! Il faudra les faire refaire.3

Bien ? jusque- là, je comprenais et j’étais d’accord.

– Mais venons en au fait ! Pour le changement de nom, que faut-il faire après avoir changé les photos ?

Gross-guichet– Votre nom, votre nom ! Il n’est pas si mal quand même. Encore, vous vous appelleriez Ducrétin ou Landouille, je comprendrais. Mais M. Panier, en quoi est-ce un nom ridicule ? »

Mais de quel droit se mêlait-elle de ma vie, celle-là ? Ne me sentant en rien obligé de me justifier, je la gratifiais d’un large sourire silencieux. Elle reprit :

« Voyez, moi, je m’appelle Madame Eléphant et ça ne me dérange ne rien. Il paraît même que ça me va comme un gant ! »

En effet, elle était assez énorme. Je ne l’écoutais plus, à travers le brouhaha de son verbiage, qu’elle voulait convaincant, j’entendais le tic-tac de l’horloge, en souriant intérieurement. Je me disais qu’à midi, elle s’arrêterait tout net et que je pourrai retirer mon dossier .

Texte à 6 mains commencé et terminé par Cicé.

La dame au guichet commença à m’aguicher. Elle mit de côté les différents formulaires que je lui présentais. D’une voix langoureuse, elle me dit :

«  Eh bien, jeune homme, on dirai que vous avez décidé de me mettre des bâtons dans les roues aujourd’hui ! » Elle se leva et roula langoureusement de la hanche dans son bureau transformé pour l’occasion en peep show de fortune. Eberlué, je rajustais mon blouson, me passais la main dans les cheveux et enlevais mes lunettes

-Non, non, je vous assure, ce sont des formulaires tout simples. Habituellement le Monsieur les prend dans le casier, là, sous le calendrier. C’est tout prêt à l’emploi.

-Alors, je ne comprends pas pourquoi je perdrais mon temps à vous les expliquer alors qu’il y a tellement mieux à faire. »

La regardant commencer son strip-tease, j’espérais qu’un client, une mémé avec son panier, une mère de famille – qu’importe- entre vite dans la banque pour que je puisse m’échapper ! Sa jupe et son chemisier étaient déjà à terre lorsque le bip d’entrée résonna et me sortit de ma rêverie. Il faut dire aussi qu’elle était spécialement jolie et sensuelle, cette guichetière !

Un coup d’œil à l’horloge. Il était midi ! le bip d’entrée était en fait le signal de fermeture automatique de la banque. Je me retrouvais don seul avec elle à moitié nue et me sentais un peu comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, pas vraiment à ma place. Je ne pus m’empêcher de regarder le spectacle jusqu’à son terme. Mais au moment de l’ultime vêtement à retirer, j’aperçois Robert, Raymond et Jacques sortir du bureau voisin en chantant :Joyeux anniversaire !

« Joyeux Anniversaire ! »

Texte à 6 mains commencé et terminé par Laurent

 

 

 

 

3) Les objets ont-ils une âme ?

Il y a au fond de ma trousse de toilette, un petit avion miniature (pas plus d‘1cm), un «Mirage», ou quelque chose comme ça , en fer peint. Je ne me rappelle pas du tout ce qu’il a représenté pour moi et comment il a atterri au fond de ma trousse. D’autant plus qu’il en a fait plusieurs de trousses, vu les nombreuses années que je le traîne au milieu de mes lotions et petits objets de maquillage…

26

Pour rien au monde je ne l’enlèverai. Il représente pour moi ce je-ne-sais-quoi de mystérieux, d’incongru… j’adore le retrouver à l’improviste, quand je fouille pour trouver un autre objet bien utile mais introuvable. Lui apparaît tout à coup, comme un clin d’oeil, mon petit avion. insouciant, fidèle.

Christine

On devient un homme quand on sait enfin sauter dans son slip. Le grand jour est arrivé vers mes douze ans après que j’ai consciencieusement tendu mon Dim fétiche entre deux chaises. Un saut de abri plus tard, je devenais un homme et adoptait la marque Dim pour la vie.

5aabb9c2Par conviction et aussi par confort, je l’avoue, jamais je ne cédais aux sirènes du caleçon. Je restais impavidement fétiche à mes Dim, à leurs élastiques à la fois autoritaires et souples, à leur maintien indéfectible.

Oui, au gré de mon âme, je me balade dans la vie et mon Dim m’accompagne.

Christian

 

 

ville-en-feuQue diraient les objets
S’ils possédaient une âme ?
Combien de naufragés
Raconteraient les rames ?
De villes assiégées
Révéleraient les flammes ?
Mieux vaut se protéger
De destinées infâmes
Et laisser les objets
Ne pas posséder d’arme.

 Laurent

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