11/12 : 02/03/12

Pour cet atelier, de l’insolite et de l’artistique au programme:

1) Chaque personne propose trois mots qui lui semblent rares, compliqués, inattendus, loufoques et qui n’ont aucun lien les uns avec les autres (quitte à farfouiller un peu dans le dictionnaire). Puis les offre à son voisin, chargé d’en tirer partie à sa guise.

Emmanuelle avec thaumaturge – thésauriser – théogonie

Chanson sur l’air de la parisienne de Marie-Paule Belle :

A l’atelier d’écriture, je dois inventer
un texte, une poésie, ou bien je ne sais…
avec trois mots compliqués offerts par ma voisine –
Une drôle de cuisine
et ça a pour résultat
n’importe quoi !

Je ne suis pas thaumaturge
On me juge {x2}
Les miracles c’est pas pour moi
C’est comme ça {x2}
Et devant la page blanche
Moi je flanche {x2}
Je ne sais que raconter
Les mots sont tout embrouillés
Je ne suis pas écrivaine
Ça me gêne {x2}

Thésauriser quel souci !
La théogonie m’ennuie !
Je ne suis pas volubile
C’est débile {x2}
Comme je n’ai pas de sous-chef
Je sens qu’on m’en fait grief
M’en fait grief {x2}

Voilà, tous les mots sont là, mais quel charabia !
Je ne suis pas sûre de moi, ni du résultat,
D’autant que je chante faux (ce n’est pas rigolo) 
Ma voix de fausset qu’il
va vous falloir écouter
quel péril !
Où donc est passée ma muse ?
Je m’amuse {x2}
Pas très sérieux mes écrits
Ça me nuit {x2}
Écrire c’est ma joie de vivre
Ça m’enivre {x2}
J’suis pas le prix Fémina
Ça me met dans l’embarras
Je ne suis qu’écrivailleur
Quel bonheur {x2}
Je suis pas le prix Goncourt,
C’est pourquoi je suis à court.
Je ne suis pas hystérique
Ça s’complique {x2}
Jamais je ne désespère
Ma vie est un livre ouvert
Un livre ouvert ! {x2}

Cathy avec  hélix – jeannette – aphasie

Elle travaillait tôt le matin à la buanderie de l’hôpital, là où elle avait fini son apprentissage. Le personnel l’avait adoptée dès son arrivée. Il faut dire qu’une jeunette prête à prendre la relève, cela faisait longtemps qu’on n’en avait pas vu passer. Aussi quand elle était arrivée avec ses boucles rousses et sa tresse jamaïcaine rivée dans l’hélix de son oreille droite, tout le monde avait salué cet arc en ciel dans l’atelier embué et parfois étouffant.

Ce n’est que bien plus tard que cherchant à la faire parler, à lier connaissance avec celle qui allait devenir leur fille chérie, leur enfant d’adoption que le signe de cette anomalie était apparu.  « Aphasie » avait lâché l’intendante chef pour couper court aux questions. Cela n’avait pas dérangé les repasseuses, elles avaient continué d’accueillir et de former Colette qui maintenant était devenue la spécialiste des plis en cornette à l’aide de la jeannette qu’elle déplaçait d’un tour de main à volonté. Plus personne ne posait de question sur son langage. Colette franchissait l’atelier chaque jour avec l’assurance de retrouver la chaleur de leurs saluts matinaux.

Christine avec marsupilami – consciencieuse – fruitière

Une jolie fille marsupilami en jupette, alerte et consciencieuse,
Allait faire une cueillette fruitière,
Quand elle rencontra trois abeilles en collant jaune,
Qui lui montrèrent le chemin.
«  Mais où sont les arbres-bouteilles ?  demanda Melle tachetée,
et les grandes cacaoyères pleines de cabosses ?
– Ils sont sous les tropiques,  répondirent les mouchettes à rayures,
Descendez plus bas et ne vous frottez pas à l’équateur,
Il était un peu énervé ces temps çi , et voulait tout brûler.»
Savez vous ce que notre jeune amie trouva au-delà des mers ?
Des arbres –baobabs, avec du chocolat en bouteille…

Géraldine avec strapontinélucubrationysopet (fabliaux du moyen âge) en 3 versions !!

Assise sur mon strapontin, je cogitais…
Quel sens avait donc ce message ?
Ysopet m’avait bien dit de me méfier,
Le vieux de la tour n’ouvrirait sa porte
Que sur une élucubration originale.

Strapontin en sapin,
Elucubration de saison,
Ysopet pas bien net.

Je venais d’assister à la Première des jeunes élèves  de la classe d’Art Dramatique. J’avais attendu patiemment que le rideau s’ouvre, leur professeure m’avait invitée à festoyer après le spectacle. A jeun depuis le matin, cette perspective me réjouissait. Mon estomac faisait des bruits inopportuns  que la voix fluette de la récitante d’ysopet  couvrait à peine. Mon malaise allait grandissant. La tête pleine des élucubrations d’un fameux troubadour  du XIIème siècle, les gargouillis incessants de mon appareil digestif et mon fondement malmené par le dur strapontin de bois sur lequel je m’étiolais, eurent raison de mon courage. Doucement, je m’éclipsais…Il y a heureusement nombres d’estaminets face aux théâtres.

André avec  asphodèlecarcaillerdiaconesse

Marie-Thérèse  s’était levée de bon matin en ce début de printemps. Deux fois par semaine elle visite des personnes dans les résidences pour personnes âgées en retraite.

Elle s’était engagée comme bénévole dans des associations caritatives dès son adolescence en même temps qu’elle avait commencé sa vie professionnelle. Elle était protestante et, profondément croyante, elle se reconnaissait comme une descendante des diaconesses de l’église primitive. C’étaient des filles ou des veuves qui étaient employées à certains ministères ecclésiastiques, par exemple à déshabiller les femmes et les filles qu’on baptisait. Plus tard, après la Réforme, dans certaines églises protestantes, elles se vouaient, sous l’autorité des pasteurs, au soin des malades et des pauvres.

Aujourd’hui les soins sont pratiqués par du personnel diplômé, aussi Marie-Thérèse, au sein d’une équipe de bénévoles rend des visites aux pensionnaires, les occupe en leur faisant la lecture, des jeux, des mots fléchés, des lotos, toutes sortes de choses qui leur permettent de passer le temps plus agréablement.
Aujourd’hui était spécial car il avait été décidé de faire une sortie avec les plus valides pour profiter du beau temps chaud printanier qui s’annonçait. Le petit car les emmena au point de départ en dehors de la ville, une dizaine de personnes hommes et femmes et les trois accompagnatrices. La petite troupe s’ébranla, sur l’unique itinéraire habituellement emprunté, car en cas de difficulté les secours n’auraient pas à se poser de questions quant au lieu où se rendre au plus vite.
L’air était pur, la lumière vive en cette matinée à demi entamée, chacun avançait au mieux, certains au bras de quelqu’un d’autre et, malgré le risque d’essoufflement, les conversations allaient bon train.
Marie-Thérèse pensa qu’ils pourraient cueillir des fleurs et en décorer la résidence, les premières floraisons ne manqueraient pas un peu plus loin, elle connaissait les lieux, évidemment après tant de sorties. Ils avançaient et elle ne voyait pas de fleurs, plus loin rien encore, la nature n’était décidément pas au rendez-vous.
Une fois passé le chemin qui à droite mène à la ferme des Ménard, après le virage qui cachait la vue jusqu’ici, une immense tache de couleurs sauta aux yeux de Marie-Thérèse qui menait le cortège.Tout l’espace en était rempli, à droite, à gauche, le ciel en était entamé, jusqu’à l’horizon. Surprise elle crut à un mirage, cette image qui apparait dans le désert, image d’une source, d’une ville, d’un lac, rendue visible à des kilomètres par la courbure des rayons du soleil due à la chaleur. Ce n’était pas le cas ici, le terrain vallonné et la douceur printanière n’étaient pas propices à ce phénomène.
Marie-Thérèse en resta bouche bée, c’étaient des fleurs, toutes les mêmes, des asphodèles, un champ immense d’asphodèles sous cette latitude ! Elle les connaissait bien pour en avoir vues lorsqu’elle vivait dans le sud. Le feuillage se présente sous la forme d’une rosette de feuilles étroites à extrémité pointue. De cette rosette émerge une tige nue portant une hampe florale. Les fleurs groupées en grappes fleurissant du bas vers le haut sont formées de six tépales ayant la même forme et la même couleur. Chaque pétale porte une strie centrale rose ou brune. Les six longues étamines, à filet blanc, portent des anthères orange ou brunes.
A présent la colonne entière, émerveillée, admirait ce spectacle dans un silence total. Ce silence fut bientôt rompu par un premier chant d’oiseau, puis un second, un troisième. Les chanteurs et les siffleurs apparurent dans le ciel sur le fond de fleurs. Ils virevoltèrent au-dessus des têtes dans un joyeux tintamarre semblant dire : « allez, chantez, dansez ! »Le rossignol et la grive musicienne se mirent à chanter, le merle noir à siffler, la pie à jacasser, le pinson des arbres à ramager, l’alouette à grisoller, le moineau à pépier, une caille à carcailler, la gent ailée s’était donné rendez-vous sur une mise en scène bien préparée.

Marie-Thérèse se retourna ; alors là, stupéfaction ! Les asphodèles remplissaient tout leur champ visuel à 360 degrés, ils se trouvaient au milieu d’un massif et les fleurs  grandissaient à vue d’œil. Les retraités s’agitaient, ils rajeunissaient, les rides disparaissaient, leurs cheveux fonçaient, reprenaient des couleurs. Les gens se mirent à rire et à danser ; ils avaient sorti des appeaux de leurs poches et les portant à leurs lèvres accompagnèrent les oiseaux dans une musique qui s’amplifia jusqu’à devenir effrénée. Marie-Thérèse pensa au bouquet de fleurs, elle voulut en cueillir, elles étaient en plastique ! Des fleurs artificielles qui poussaient et des vieillards qui rajeunissaient ! Ils eurent 50, 40 30 ans à une vitesse folle, redevenus  des bébés ils tournoyèrent, emmaillotés, de plus en plus petits, tout nu, tout rose, un point, un grand rideau blanc…
Marie-Thérèse sursauta dans son lit, le réveil sonnait, il fallait se lever pour sa visite aux personnes âgées, à la résidence.

Laurent avec brocart – sornette – ignominie

En vieux briscard
Politicard
Michel Rocard
Sort du placard
Un beau brocart
Et donne rencart
A un smicard
Drôle de lascar
Un peu tocard
pas très honnête
Vie tristounette
D’ex proxénète
En camionnette
Et très adepte
Des sornettes.
Il donne l’habit
Un peu jauni
A ce banni
Qui le bénit
Mais est puni.
Carla Bruni
Belle ironie
Sort de son nid
Pique l’habit
A l’homme honni
Quelle ironie
C’en est fini
Ignominie !

2) Choisir un tableau parmi les livres proposés… Puis écrire un texte, un poème, etc… de manière à ce que le tableau semble avoir été créé pour illustrer votre texte.

Emmanuelle : Marguerite au chat noirMatisse

Quand Lola entrait dans la salle nette, blanche et javellisée, illuminée par les néons, on aurait pu croire que toute la joie du soleil printanier resterait derrière elle. Il n’en était rien.

Par respect, Lola jetait son chewing-gum dans la poubelle de l’entrée et camouflait son jean slim et son petit haut de dentelles sous une blouse stricte. Mais le sourire de Lola restait chevillé à ses lèvres.

Le corps d’albâtre de Marguerite l’attendait. Un corps figé, qui semblait sculpté dans de la cire.

Comme à chaque fois, Lola imaginait pour chacun l’histoire de sa vie.

Marguerite avait une coiffure sage. Ses cheveux étaient sombres, coupés au carré. Et les habits remis par la famille – une robe chasuble bleue sombre, un simple pull blanc à col roulé, un discret bijou autour du cou, pas de boucles d’oreilles, juste une petite bague à la main droite, tout cela révélait une jeune femme simple et droite.

Lola prenait son temps pour remettre du rose à ses joues, et farder ses yeux – juste ce qu’il fallait de noir, une ombre indigo – et une touche de rouge à lèvres.

Lola la voyait très bien dans son univers. Plutôt solitaire, vivant seule avec un chat noir, assorti à ses cheveux d’ébène. Elle se la représentait assise sagement, et non pas avachie dans un canapé devant la télévision, non. Assise bien droite, sur une chaise raide à haut dossier, en train de deviser sérieusement, gravement même, avec ses parents, dans un décor uni, sans fioriture.

Lola ignorait ce qui avait amené à elle une si belle jeune fille. Elle prenait son temps pour l’habiller, lui redonner toute sa beauté avant de la rendre à sa famille. Elle ne se lassait pas de ses gestes, mille fois répétés, et l’odeur entêtante de formol ne l’incommodait pas. Elle n’était pas thanatopractrice depuis longtemps, mais suffisamment pour savoir qu’elle prendrait le temps qu’il faudrait. Elle s’attachait à ces défunts qui lui étaient confiés et prenait plaisir à atténuer la peine des familles en composant un visage serein et paisible à la personne disparue.

Sur le même tableau, la version d’ André :

Le chat mort

Elle était assise en face de moi dans la salle d’attente de la clinique vétérinaire. Il y avait du monde avant nous, elle était entrée après moi, d’un pas qui traduisait toute la douleur du monde.
Un chat noir dans les bras elle s’était laissé tomber sur la seule chaise encore libre, mollement, ne regardant personne.
Elle porta dans ma direction sans vraiment me voir un visage figé, les yeux dans le vague, des yeux qui ne pleuraient pas mais reflétaient une infinie tristesse. Son chat, couché sur ses genoux, ne bougeait pas, le corps parfaitement moulé sur son support, comme le fait toujours cet animal soyeux, mystérieux, énigmatique. Un détail attira cependant mon attention, le bout de sa langue dépassait de sa gueule, manifestement il était mort.
Je compris alors le désarroi de sa maîtresse, la disparition de son compagnon de tous les jours, son animal câliné depuis tant d’années, au moment des repas, devant la télévision, sur son lit pendant qu’elle lisait avant d’éteindre la lumière.
Elle avait dû être désemparée bien qu’il ne fut pas mort sur le coup car si elle venait à la clinique c’est que son animal était suivi, ou alors elle ne savait que faire et espérait obtenir un conseil du vétérinaire, ou alors il ferait des miracles grâce à la  science moderne : on ne sait jamais, un espoir fou, un désespoir profond.
Elle s’était vêtue et parée au mieux pour la circonstance, pour lui faire honneur dans les derniers instants de vie commune ou plutôt de présence commune.
Sa belle robe bleue du dimanche par-dessus un chemisier blanc pour marquer un signe d’espoir, du rouge sur les joues pour masquer la pâleur due à l’émotion, ses cheveux de jais comme la fourrure de Gamin.
Les derniers clients partis, c’était mon tour, j’avais le temps, lui dis de passer avant moi. La porte du cabinet s’ouvrit, « ha! Madame Rémi, bonjour, votre Gamin…entrez je vous prie ».
La porte se referma, je fus triste aussi.

Cathy : Olga au col de fourrure  –  Picasso

Olga se remettait doucement de son opération. Cette intervention avait suspendu sa carrière de danseuse ce qui avait affecté son tempérament. Sa convalescence s’avérait longue et silencieuse.

Naturellement grande et impériale, son regard traduisait cette immobilité imposée.

Seules ses mains s’activaient, imprimant un léger mouvement de froissement à la ceinture dénouée sur ses genoux. La robe ample ne laissait plus voir le corps de danseuse. Seul le cou dressé hors du col de fourrure semblait s’échapper et trahissait l’élégance d’un port de tête rompu à l’attente de la juste pose.

Christine : Ponte Della Paglia   – Prendergast

Ma très chère amie,

C’est à vous que je destine ma 1e lettre de Venise puisque c’est grâce à votre générosité que je m’y trouve.

Je suis ébloui, ravi …et inspiré ! Je peins tous les jours avec délectation !

J’imaginais une ville grise, austère, pleine de souvenirs sanguinaires et, traversée d’eaux noires et solitaires.

Or, je me retrouve dans un brouhaha joyeux et coloré. Les vénitiennes sont toutes plus belles les unes que les autres, habillées de mille tissus chamarés, coiffée de chapeaux multicolores. Elles quadrillent les rues et les ponts de la Ville. Ah les ponts ! Ils sont si variés, si pittoresques que je serais bien en peine de vous dire lequel je préfère. Ils enjambent des flots, non pas sombres, mais pleins de reflets azurés et de bateaux champêtres. Oui ! champêtres ; il n’y a pas que des gondoles à Venise, mais aussi des voiles rouges et ocres, qui filent en caressant les façades de pierres dorées. L’ensemble est tellement chaleureux, même sous les nuages, que l’on se croirait en Toscane, avec les canaux en plus, et une foule si dense que j’ai souvent du mal à  poser mon chevalet.

Chère amie, vous pouvez être sûre que je rapporterai de ce voyage, sinon de chefs-d’œuvre, l’illustration de ma fièvre italienne .

Veuillez croire à mes remerciements encore renouvelés et à mon amitié indéfectible.

M.P.

Géraldine : un smiley sur la Joconde  de Bansky

Deux époques se télescopent…Léonard et Banksy se querellent, quel en est l’enjeu ?

Banksy : « Du Quattrocento au XXI ème siècle, il n’y a qu’un pas !

Léonard :  Tu rigoles, tu ignores donc tous les courants de la peinture, du Baroque au Classicisme, de l’Impressionnisme au Cubisme, du surréalisme au Pop Art et j’en passe…

B :  Oui, je les concentre d’un seul geste grâce à mon Mac.

L : Et tu revendiques être un artiste ?

B :  Parce que reproduire sans cesse ce qui t’entoure, t’intéresse, toi ? Je préfère exprimer mon opinion, il y a tant de choses inacceptables à dénoncer. Mon art permet des prises de conscience, il n’est pas fade, ni achetable, il parle à tous. Certains rient, d’autres sont choqués, c’est une expression vivante !

L :  Je te trouve bien présomptueux jeune graffiteur, tu manipules les œuvres des autres pour te gausser ! Tu es tombé dans la facile création technologique. Reconnais que mes chefs d’œuvre font ce que tu es. Pour ma part, je me dois d’accepter que l’héritage que j’ai laissé à l’humanité soit ainsi travesti… (soupir…)

B :  Ouais ! Eh bien pépère, ton manque d’humour explique comment tu as perdu ta liberté.Regarde, je n’ai fait qu’actualiser l’éternel sourire de Mona ! »

Laurent : Le radeau de la Méduse – Géricault.

A bord de la Frégate, la Méduse, Théodore s’éloignait de sa terre natale, une lettre de sa bien-aimée contre le cœur. Soudain, au large du Sénégal,  la mer s’était faite plus houleuse, le vent sifflait. Tout à coup, une rafale avait jeté le navire sur un banc de sable. Après deux jours consacrés à des essais infructueux pour dégager la frégate, l’ordre d’évacuer le navire avait été donné  par les officiers qui s’installèrent confortablement dans les chaloupes qu’ils s’étaient  réservées, cent cinquante marins et passagers s’entassant sur un radeau construit depuis la veille. Le plan d’évacuation prévoyait le remorquage du radeau par les chaloupes mais les occupants de ces dernières, après quelques moments de navigation, coupèrent les cordes et abandonnèrent les naufragés du radeau à leur triste sort. Parmi eux comptait Théodore.  Neuf jours abominables suivirent, neuf jours maudits entre tous. Les hommes n’avaient ni eau, ni nourriture.  La tempête fit rage, emportant les hommes qui s’accrochaient les uns aux autres. Au milieu de cette horreur, des hommes s’enivrèrent et, pris de désespoir, voulurent détruire le radeau en coupant les cordes qui le tenaient assemblé. De sauvages bagarres se déclenchèrent et les mutins furent jetés à la mer. Il restait, le dixième jour, soixante personnes qui avaient encore de l’eau jusqu’aux genoux et que la faim et la soif commencèrent à faire délirer. La faim, tenace, devenait obsédante. Au onzième jour, la faim tenaillait les  rescapés et les hommes se regardèrent tout à tout d’un œil avide, effrayant…cannibale. Soudain, ils décidèrent de tirer au sort celui d’entre eux qui allait servir de repas. La lettre que Théodore portait contre son cœur fut découpée en morceaux. Derrière les mots d’amour fut indiqué le nom de chaque personne à bord du radeau. Enfin les bouts de papier furent mélangés dans un chapeau. Lequel d’entre eux allait avoir un sort aussi funeste? Tous tremblaient d’effroi. Le papier sortit du chapeau et désigna G. Ricault, un ami de Théodore. Le pauvre homme accepta son infortune sans la moindre plainte, avec fatalité. Un chirurgien encore présent le saigna et l’homme expira… Certains burent le sang et le cadavre fut distribué. Théodore saisi d’un haut le cœur, s’en abstint. Non, jamais il ne toucherait à la chair humaine, plutôt mourir ! Et il fit bien, car les suites de ce repas furent des plus effrayants. Ceux qui avaient touché à cette chair furent pris de délire. Les uns se jetèrent à l’eau où ils se noyèrent, les autres furent pris de convulsions et moururent en riant telles des hyènes. Désormais , ils n’étaient plus que quinze à bord. Cette même nuit, la pluie tomba et les naufragés assoiffés ouvrirent leur bouche. Leurs lèvres desséchées, crevassées et saignantes aspiraient la pluie comme si c’eût été du nectar. Le lendemain, enfin, un bateau parut à l’horizon. Un marin de »l’Argus » les repéra. Quinze naufragés sur cent cinquante furent sauvés. Théodore put revoir sa bien-aimée…

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3 commentaires pour 11/12 : 02/03/12

  1. Emmanuelle dit :

    Merci André, Lors d’un prochain atelier, nous aurons tous le même tableau… Cela permettra de voir les multiples regards que peut inspirer une même œuvre. En tout cas, j’aime beaucoup ton texte « le chat mort ». A très bientôt ! Emmanuelle

  2. Lamoine André dit :

    Félicitations aux auteur(e)s de ces beaux textes pleins de diversités colorées.
    L’idée de rédiger à partir d’une photo ou d’un tableau est excellente, elle permet toutes les inspirations.
    Je me souviens, j’avais 7 ans à la fin de la guerre, en classe primaire, avec un an de retard. La maîtresse me donna une image et me demanda d’écrire ce que je voyais. cette image est restée gravée dans ma mémoire, je la revois comme si c’était hier, un cuisinier en toque, dans sa cuisine en train de faire sauter des crêpes, la cuisinière, la table et le buffet en bois…
    Je suis resté sec; l’exercice me paraissait d’une extrême difficulté , impossible, je ne comprenais pas. La maîtresse, compréhensive me reprit l’image. La suite , j’ai oublié.

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