25/11/11

Une fois n’est pas coutume , commençons par le « plat de résistance » ! Cela permettra à nos lecteurs participatifs de se munir de leur fourchette et dévorer la consigne :

Ambiance : quelqu’un (ou vous) attend un coup de fil... De qui ? Pourquoi ?  Et soudain, il sonne enfin !… Raconter l’attente, l’impatience, la fébrilité… faire intervenir des éléments extérieurs accentuant l’atmosphère : éléments climatiques, interruption de quelqu’un, souvenirs intensifiant ce que l’on ressent, etc…

Emmanuelle:

Téléphonophobie

Je hais le téléphone.
Sa sonnerie stridente me vrille les tympans…
Il me traite en valet, j’obéis quand il sonne :
je prends le combiné d’une main diligente
cette voix qui résonne
est comme un hurlement.
Je hais le téléphone,

 et surtout ces jours-ci :
j’attends et un coup de fil et voudrais être ailleurs.
Qu’elle ne m’appelle plus pour raconter sa vie,
sa vie par le menu, et qu’il faille, servile,
juste écouter sans bruit
cette vie de bonheur,
cette vie qui m’ennuie.

 Je n’ai pas de reproche.
Chez elle c’est impeccable, tout roule, tout est lisse ;
chez moi c’est le chaos. Sans aucune anicroche
elle sait choisir ses mots. Et lorsque je raccroche
je me sens vulnérable,
et l’esprit au supplice
à chercher ce qui cloche.

 Un claquement de porte.
Les enfants qui reviennent, le vent qui tourbillonne,
l’orage qui menace… Un bruit et je sursaute.
Silence, un ange passe. A des joies plus sereines
il faut que je m’exhorte.
Pour fuir le téléphone
il est temps que je sorte.

Je hais le téléphone.
Je quitte la maison lorsqu’il est trop présent
et brise le silence. Je déteste qu’il sonne.
Et je sens sa présence au milieu du salon,
on dirait qu’il espionne
les usages et les gens.
Je hais le téléphone.

Christine:

La maison sent le beurre et le café
Une machine ronronne dans la cuisine
Le téléphone est posé sur la table
On se chausse, on enfile un gilet
Le téléphone est posé sur la table.
C’est bien : on sera trois à l’entendre.
Il faut bien attendre sans s’énerver,
L’adresse de Jeanne il faut l’apprendre,   
Faire les lits et ranger les chambres.
Qui des trois va saisir le combiné ?
Le téléphone n’est plus sur la table :
Pas de panique : c’est moi qui l’ai pris,
Je m’en vais, vous me téléphonerez !
Non je ne m’en vais pas, où sont mes clés ?
Le téléphone, de nouveau posé sur la table,
Mais pourquoi ne nous appelle-t-on pas ?
Ca y est la sonnerie retentit !
Je décroche :
« les enfants, c’est une fille » !

Laurent :

Que faire en attendant ce fameux coup de fil ? Je suis si fatiguée. Tout faire pour ne pas y penser. Allumer la radio par exemple !
Je mets Nostalgie : « Gaston y’a l’téléphon’ qui son’ et y a jamais person’ qui répond! »

Ok, merci, ça commence bien ! Vite France-inter, alors: »Nous retrouvons Alain Bédoué pour l’émission « le téléphone sonne ». Ce soir , « les suicides à France Télécom » C’est bon, ça suffit, j’éteins la radio!

Je tente la télé.
« Pour cette rétrospective sur Claude François, l’un de ses plus grand tube « le téléphone pleure… » Ok, j’ai compris. Je me rabats sur mes CD. Je prends un Mozart, là, aucun risque. Je mets CD dans le lecteur, et là, horreur, c’est le groupe Téléphone qui vocifère. C’est un complot!
Je jette un œil dehors, tous les passants sont scotchés à leur portable. Et puis tout d’un coup, la sonnette qui retentit. Il faut que j’aille ouvrir, mais je n’y arrive pas. Ça sonne, ça sonne, ça sonne…ce n’est pas la sonnette, c’est mon portable ! J’ouvre un œil et parviens à appuyer sur la touche « appel ». J’entends au loin:
« Mme Bouigues, bonjour, vous allez être contente, c’est vous qui avez obtenu la place de standardiste!… »

Cicé :

Il pleut à torrent, elle ne viendra pas. Elle me l’a dit un moment, mais je n’y croyais pas. Il y a une heure maintenant, et le téléphone qui ne sonne pas. J’envoie un message et j’attends. Elle ne répond pas. Je tourne en rond comme un lion en cage, comme le vélo dans ma tête qui n’en démord pas. Une accalmie dans le ciel, et j’espère à nouveau, impatiente. La pluie reprend soudain, violente. Je renonce et me lamente. Deux heures à présent, ma colère monte, mon cœur bat, je m’assieds, je me lève, me rassieds, me relève. L’heure passe, les aiguilles trainent, je souffle, elle n’appelle pas. Je n’y tiens plus, plus rien ne va. Je vois dehors la pluie qui bat, le téléphone dans ma main tourne et retourne dans ma main moite. Ce silence insupportable, et dehors la pluie qui claque. Il est trop tard, je le sais bien, si elle appelle maintenant, de toute façon il est trop tard, tout est fini, c’est inutile…

“ No wooman no cry, No wooman no…” L’écran clignote dans ma main: c’est elle! Je décroche sans un mot, je suis triste, il est trop tard, inutile de venir.

Voici le texte envoyé par un de nos fidèles lecteur et contributeur, André:

Téléphone, tu sonnes,
Au bout, personne.
Tu déconnes,
Tu t’fous d’ma pomme !
Tu m’tires d’mon somme,
Faire ça à un homme !
T’es pas économe
tu m’rançonnes
J’demande pas l’aumône.
Parfois tu m’sermonnes,
ça excite les hormones.
Mais…t’es pratique en somme,
Alors j’te pardonne.

Et le texte que nous a envoyé  Solange, nouvelle recrue de l’atelier :

I had a dream…
En cette folle période d’agitation sur fond de dette, de clochettes, de scintillements et de surabondance et en même temps de précarité, j’ai fait un rêve bizarre.
Sur une planète lunaire, un grand jeu avait été installé à perte de vue. Sur le moment, il m’a semblé que c’était un « Domino Rallye ».
Vous savez, ces petites formes en plastique de couleur, ayant à peu près la taille de nos bons vieux dominos – mais plus légers.

Le but du jeu de l’époque (les années 80) était de les mettre l’un derrière l’autre, en une longue file sinueuse, en boucle, en cercle – peu importe. Le tout premier de la ligne fera tomber successivement tous les autres, en une hécatombe joyeuse.

Les « oh ! » et «  ah ! » de mes enfants résonnent encore à mes oreilles, et se mêlent à des odeurs de gâteaux, au clignotement du  sapin et au bonheur  de ces jeux en famille.

Mais dans mon rêve, pas d’exclamations, pas de scintillements, pas de chaleur humaine.
Une morne plaine, sous une froide lumière et ces formes luisantes bien rangées en un chemin plein de boucles, de zigzags, d’entrelacs, se perdant à l’horizon.

Je décide de m’approcher et je découvre avec stupeur que ce que je prends de loin pour des dominos, sont, en fait, des téléphones portables, des centaines de téléphones portables, bien droit comme des petits soldats, légèrement enfoncés dans un sable argenté.
Une rumeur, comme un nuage, plane au dessus d’eux.

Une forme  sonore insaisissable où se mêlent chuchotements, cris, pleurs, rires et larmes.Telle une Alice au pays des horreurs, je m’agenouille dans le sable et tend l’oreille…
Un instant étonnée, séduite puis suffoquée,  je me rejette rapidement en arrière.  C’est toute le rêve de la nature humaine qui  couve là, dans ce brouhaha : les fausses questions, les hypocrites réponses, les appels dans le vide et les dialogues de sourds, les « je t’aime, moi non plus », les…
Je ne veux plus en entendre davantage.
Quelque chose me dit de m’éloigner sous peine de contamination.
Je m’éloigne à reculons et m’apprête à reprendre mon chemin… pour aller où d’ailleurs ?? A ce moment là, le téléphone sonne et je m’éveille en sursaut.
« Allo, chérie ? Tu dormais ? »

En apéro Emmanuelle nous avait proposé un écrit collectif (à 5 mains).  Chacun trouve un titre et définit le style d’écrit. Une fois cela réalisé, on passe la feuille à son voisin qui respecte cette consigne, commence le texte et en plus doit inclure une formule écrite sur une carte tirée d’un jeu qu’Emmanuelle a fabriqué. On écrit une phrase ou deux et on continue de passer à son voisin qui tire une nouvelle carte… Celui qui a proposé le titre et le style conclut l’histoire.

Au final : 5 textes :

« Le dévoreur de mangas » sous forme de dialogue.
« Merveille de voyage » poème en alexandrains.
« Le phare felu »
« Mon lave-linge » sous forme de dialogue
« La paresse » poème en alexandrain

(les formules imposées sont en italique!)

Le dévoreur de mangas:   

« C’est quoi ça, ça se mange ?
– Ouaich, et crois-moi, c’est super bon!
– C’est pourquoi tu ronfles si profondément chaque soir, après consommation, je pense…
– Non, c’est parce que je dévore un manga en ce moment qui s’appelle « le saule pleureur« …alors je pleure en le grignotant page après page.
– Ne dis pas n’importe quoi : il est tombé par terre, tu ne le dévores plus!
– Mais si, je le dévore des yeux! et comme je pleure…
C’est alors qu’un orage violent s’abattit sur le village. La foudre mit feu au grenier de la vielle bâtisse et Ratibus qui ne put jamais finir de dévorer son manga…

Merveille de voyage

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage,
Au pays des épices, avec son équipage.
Il va tout comme Alice, voir les pays d’ailleurs,
Merveilles et délices, pour son plus grand bonheur.
Le vent dans les hélices, ah ça c’est la meilleure!

Mais Pénélope attend, mais Pénélope tisse
Elle se ronge les sangs, coiffant ses cheveux lisses
Soufflant : Tu reviens quand ? Comme ses yeux sont tristes
Elle rêve dans le vent de partir en courant
Comme un équilibriste sur des nuages blancs.

Et de laisser au loin sa tapisserie morose
Et de cueillir encor un gros bouquet de roses.

Le phare felu

Chut, je ne te dirai point le secret
Le secret en son sein gardé.
Je vais te dire entre nous, le silence
Est la clef de nos confidences.
Tu le prends comment ton café ?
Car c’est bien le meilleur des indiscrets,
Sous l’effet de cette substance
Ton visage brille d’innocence.
Je ne voudrais pas voir l’herbe coupée
Sous tes pieds, par un mot échappé
De ma bouche malencontreusement,
Car vois tu, je respire comme je mens.

Mon lave-linge :  « Dis-donc, tu peux pas te taire? Je commence à en avoir assez d’entendre l’hymne national péruvien à longueur de journée…
– C’est pour éviter d’entendre le bruit du lave-linge!
– Mais tu pourrais changer de pays tout de même, par exemple, tu chanterais d’autres hymnes d’ Amérique…
– Non, non! Mon voisin était péruvien, c’était un brave homme! Lui, il lavait son linge à la main. Il allait au lavoir, même en hiver avec 50cm de neige! Alors, tant que tu mettras ton essorage à fond, avec ce bruit d’enfer, je continuerai à écouter cet hymne en pensant à lui!
– En fait, t’as trouvé un prétexte pour qu’on lave notre linge sale aujourd’hui  ?
– Pas du tout, c’est juste que nos bavardages s’ils sont assez nourris me distraient, tout aussi bien que l’hymne péruvien, du bruit de la machine!
– Alors, ne t’inquiète pas, ma sœur a le sien en panne. Elle vient faire une semaine de lessive dans une heure !!
– Si c’est une blague, elle est de mauvais goût!! »

La paresse :Mais je l’aime, savez-vous, vraiment, oui, plus que tout.
Quel courage, direz-vous, d’épouser un Papou ?
Et puis zut, après tout, pou ou pas pou, on s’en fout !
L’essentiel, voyez-vous, est d’avoir assez d’sous.
Et l’enjeu, croyons-nous, en vaut toujours le « coût » !
Mon Papou gagne des sous, puisqu’il est marabout.
D’après la météo, l’amour ça résout tout.
On vivra à Padoue… Ou peut-être au Pérou.
On fera pas grand-chose, ou alors rien du tout.
Ne rien faire dans la vie c’est pas bien… Sauf pour nous.

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Un commentaire pour 25/11/11

  1. emmanuelle dit :

    Bravo au texte d’André, très bien ficelé !
    Et merci de cette participation sporadique à nos ateliers…
    A très bientôt,
    Emmanuelle

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