Les ateliers de mai

D’abord le 16 mai, sous le signe de Saint-Honoré, patron des pâtissiers.

1) Chaque participant propose un mot et sa rime. Choisir parmi les mots obtenus ceux qui se marient bien ensemble et nous mettent en appétit. Bien les mélanger et selon sa propre recette, en tirer un poème, un dicton, un proverbe…

mots : combustible/convertible  sottise/bêtise  iguanodon/édredon  opiniâtre/verdâtre silence/malchance

Les recettes d’ ED. Redon aux éditions Iguanodon.

Vous aimez les Bêtises de Cambraibetise
Vous adorerez les Sottises de Calais

Pilez en silence quelques pistaches.
Faites fondre du beurre dans un combustible adapté.
Mélangez le tout avec opiniâtreté.
Vous obtiendrez une pâte verdâtre.
Tartinez-en de petits canapés (non convertibles)

Laurent

Il y a des soirées qui s’étirent en longueur.
Vous lorgnez la pendule, regardant passer l’heure.
Il est plus de trois plombes : que de monde au salon !
Les bêtises qui fusent, des propos insipides…
L’alcool aidant, souvent, le cerveau est aride.b28b4758
Oui, si vous en jugez par les conversations
Vous seriez aussi bien au fond de votre lit.
Hélas ! Cette nuit c’est sur le canapé
Que vous êtes censé pouvoir passer la nuit.
Il faut attendre le départ des invités
Et nul ne se décide à donner son congé
D’autant qu’il reste encore pas mal de combustibles…
Votre regard sans cesse lorgne le convertible
Même s’il s’agit d’un vieux sofa avachi
Vous en rêvez déjà ! Tiens rien que le tapis
Vous paraît idéal. Vous dormez donc debout,
Rêvant de dire aux gens : ça suffit ! Tirez-vous !
Prenez en vrac vos sac, vos manteaux, vos lardons,
Laissez-moi roupiller au chaud sous l’édredon !
Las, nul invité ne prend ses cliques ni ses claques,
Jamais le temps ne vient de défaire le clic-clac.
J’attends donc patiemment : pâle, éreinté, verdâtre
Et j’ai la récompense de mon zèle opiniâtre
Car enfin après cette longue nuit de bombance
Me voilà sous la couette. Et règne le silence.
Mais le sofa est dur, il grince, et puis j’ai froid.
J’ai rêvé de dormir… Le sommeil ne vient pas.

Emmanuelle

2°)  Balade gourmande dans une ville
Promenez-vous dans une ville de votre choix et faites une halte gourmande…donnant au lecteur l’envie de voyager.

Il y a à Morlaix, presqu’au bout de la terre, une pâtisserie nichée sous le viaduc, qui ne paie pas de mine mais fière de sa réputation et sûre qu’elle fait les meilleurs kouign-amann du kouign amann 2département. Il est vrai qu’ils sont à faire pâmer les anges les plus gourmands. C’est un gâteau breton plein de beurre salé et de sucre, grillé, feuilleté, un délice!
La vendeuse-pâtissière vous le vente, vous le décrit, vous conseille de le chauffer avant dégustation, mais surtout pas au micro-ondes, vous l’emballe:
-Est ce qu’il doit voyager?… Oh j’ai l’habitude, les parisiens en raffolent (sous entendu: ils sont un peu empotés, il faut tout leur dire), et enfin vous le fait payer.
En sortant, si c’est le soir, vous pouvez admirer le coucher de soleil sur le port, ou, en reculant de quelques pas : le TGV tout en haut du viaduc.(à donner le vertige).
Enfin vous le dégusterez: un petit croustillant dans la bouche, un fourrage de sucre et de crème , à peine élastique, avec un gout ni de vanille, ni de caramel, mais de kouign-amann ! Un délice vous dis je.

Christine

Stoemp-23-71673C’est à Bruxelles qu’on mange le stoemp. Ce n’est jamais la même recette puisque cela dépend des légumes, des saisons, du temps, de la politique et de l’humeur du cuisinier. Le stoemp se déguste quand il fait froid, qu’il neige, qu’il pleut, qu’il vente ou qu’il grêle, dans de vieilles tavernes sentant le cuir, les boiseries, la bière, la fumée, le tabac et la saucisse grillée. Dehors les flocons tombent. Les lampadaires s’allument, les cheminées fument, les rues se désertent. Parfois passe une vague silhouette. Et vous êtes assis au chaud, au milieu de la foule et du bruit, à attendre de le stoemp en vous léchant d’avance les babines. Purée, que c’est bon !

Emmanuelle

Tour de France culinaire

france_goutUne tarte place du tertre
Des tripes à Trappes
Sept Paris-Brest à Troyes
Trois Camembert à Sète
Des hosties à Metz
Des religieuses à Mantes
Une tropézienne à Nice
Une niçoise à Saint tropez
De la roquette à Lens
Un millefeuilles aux Millevaches
De la grive à Brive
De la courge à Bourges
Du canard à Cannes
De la canne à Caen
De la chantilly à Roquefort
Du roquefort à Chantilly
Des oranges à Cassis
Des cassis à Orange
Du bleu à Montrouge
Et un alcool cul-sec à Laval.

Laurent

3°) Casse-tête : à plusieurs mains avec l’intro commune

Retournement de situation

Dans la pâtisserie, tout semblait alléchant : les éclairs, les pets-de-nonne, les mille-feuilles… Mais il fallait se décider, et vite, la voiture était garée en double file ; alors je ne sais pas pourquoi, mais hélas… Mon choix s’est porté sur un énorme saint-honoré dégoulinant de crème Chantilly.
L
e problème, c’est qu’il n’entrait dans aucune boîte. Pour ne pas perdre une miette de chantilly, je le portai donc tel quel. Difficile cependant, ainsi chargée, d’ouvrir la porte… La vendeuse vint m’aider mais une fois dehors, je zigzaguais allègrement entre les cyclistes et les passants, leur laissant en souvenir quelques traces de chantilly. Je n’étais qu’à une dizaine de mètres de la voiture lorsqu’un bouledogue (sans doute à la truffe en éveil) s’élança vers moi et posa ses pattes avant sur mon torse. Sous le choc, je tombai à la renverse, me retrouvant couché sur le trottoir, tentant de sauver mon gâteau que j’avais toujours en main tandis que le chien, lui, tentait de se régaler. Je me retournai dans l’espoir de faire barrage avec mon corps et lui interdire ainsi l’accès à la pâtisserie. Mais mon mouvement fut trop brusque et en me retournant, je retournai aussi le Saint Honoré.

J’étais effondré. Je me retrouvai avec un gâteau renversé et saccagé par ce chien baveux. Qu’allais-je raconter comme histoire à mes amis pour me disculper ?

Mais heureusement, dans un éclair de génie je trouvai la parade. En arrivant au repas auquel j’étais convié, j’annonçais avec fierté un Saint Honoré Tatin.

– Quelle idée géniale ! S’extasièrent les convives. Ils ont posé les choux sur un nid de Chantilly et recouvert le tout de pâte brisée. C’est d’un original !
– Oui, c’est très tendance, dit une des invitées en prenant l’air blasé : toutes les bonnes pâtisseries en font.

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Dans la pâtisserie tout semblait alléchant: les éclairs, les pets-de-nonne, les mille -feuilles… Mais il fallait se décider, et vite, la voiture étant garée en double file; alors je ne sais pas pourquoi, mais hélas… Mon choix s’est porté sur un énorme saint-honoré dégoulinant de crème Chantilly.

La vendeuse me demande: « Il va voyager ce gâteau ? Voulez vous que je vous mette des cales en gaufrettes? » Je refuse poliment, m’impatientant à la voir compter la monnaie comme une enfant de CP. Comme elle prend tout son temps, je goûte un peu la chantilly d’un doigt. La vendeuse s’insurge: « respectez donc un peu ce gâteau, c’est une véritable oeuvre d’art ! On ne plonge pas vulgairement son doigt dans sa crème, comme ça, tout de go ! ».

Ne supportant pas ces réprimandes, j’ai très envie de lui balancer son Saint-Honoré à la figure, mais il me faudrait trouver un autre gâteau pour l’anniversaire d’Hortense.. D’une voix acerbe, je l’envoie promener, le ton monte, et mon envie avec: tant pis pour Hortense: elle comprendra sûrement. De toute façon, je ne peux faire autrement .

Pour commencer, j’essaie de détourner son attention : « Oh regardez! Un nid de vaches! » Le subterfuge fonctionne. Mais pas dans le sens que j’espérais , c’est à dire qu’elle ne tourne pas la tête, mais hausse les épaules: « De vaches? Qu’est ce que vous racontez? ». Dans la boutique, quelqu’un se met à pouffer de rire . Cela désamorce la mauvaise humeur , et l’ambiance tourne vraiment à la rigolade générale.

Très digne, un sourire aux lèvres tout de même, je sors avec mon Sait-Honoré et ses traces de doigt , acclamée par le concert de klaxons des voitures que j’empêche de passer. Je n’aurais qu’une petite histoire à raconter à Hortense: mais elle comprendra !

Fetish-Saint-Honoré

Dans la pâtisserie, tout semblait alléchant : les éclairs, les pets-de-nonne, les mille-feuilles… Mais il fallait se décider, et vite, la voiture était garée en double file ; alors je ne sais pas pourquoi, mais hélas… Mon choix s’est porté sur un énorme saint-honoré dégoulinant de crème Chantilly.

Où le poser ? A l’arrière, c’était risqué ! je décidai donc de le mettre sur le siège passager, à côté de moi. Un petit coup d’œil au rétroviseur et me voilà parti ! Finalement, je pense avoir fait le bon choix. Tout le monde aime le Saint Honoré. Je me rappelle quand j’étais petit, je suis tombé dans un gâteau à la chantilly et je crois ne pas avoir plus beau souvenir d’enfance. Mes fesses baignaient dans la chantilly (enfin, mon pantalon !) et tous les adultes autour de moi s’affairaient pour râcler la douce pâtisserie blanche, qui avec un couteau, qui avec le doigt… Quoique, un Saint-Honoré, c’est bion, mais un Paris-Brest aussi ! Bertrand préfère le Paris-Brest. Nina va dire : « Tu aurais dû prendre une frangipane. Tante Anne soupirera en vantant les mérites de la tarte aux pommes.
Au fond, je n’osais m’avouer qu’ils m’emmerdaient tous avec leurs goûts pâtissiers sélectifs. Une idée saugrenue commença à me traverser l’esprit. Je décidai alors de boycotter cette réunion familiale tant redoutée et m’enfilai le Saint-Honoré tout seul tranquille dans la voiture. Au moins, il ne risquait pas de finir en miettes.

Saint Honore

Ensuite le 23 mai

 

1°) Méli-mélo d’objets
Avec les objets que vous trouverez au dos de cette page, inventez une petite histoire, une fable ou un poème court

Parfois il pleut des galets et t’as oublié ton parapluie
Les pommes sont mûres à mangerd2e4b4fe
Et les vers y ont fait leur nid
Parfois
Pas de tire-bouchon en vue
Pour ouvrir le rosé bien frais.
Parfois le feu passe enfin au vert
Et un skate-board traverse la rue
Puis c’est une grand-mère…
Et le feu est rouge. Tu as trop attendu.
Parfois on te dérange
Pour la Nième fois
Et maintenant ton thé est froid.
Parfois tu veux écouter le silence
Et quelqu’un joue faux à l’harmonica.
Parfois…
Parfois rien ne va.
Alors apprécie quand tout va bien.

Emmanuelle

Galet GraniteNous sommes deux galets jumeaux, au bord de la rivière, inséparables.
Nous adorons la musique, beaucoup l’harmonica que de jeunes campeurs viennent parfois jouer à nos côtés. Ils arrivent en skate et sortent leur canif; nous écoutons leurs histoires (trop drôle leur langage!).
Aujourd’hui nous étions en joie, en apercevant au loin, un groupe de garçons; jusqu’à ce que, malheureusement , l’un d’eux pose ses fesses sur nous. Nous n’avons rien vu, rien entendu. Juste retrouvé les pelures de pomme par terre quand ils sont partis en courant sous l’averse : ils auraient bien eu besoin d’un parapluie !

Christine

 

2°) Une ombre du passé
Évoquez une personne que vous avez peu connue, ou juste croisée ou découverte à travers ce qu’on vous en disait.

J’ai à peine connu mon grand-père, mort alors que j’étais encore très petite. Je l’ai bien regretté car on m’en a beaucoup parlé. Pour son caractère et ses qualités. Ou pour son caractère et ses défauts . C’était un « agriculteur-intellectuel-de terrain », original, pragmatique et individualiste. Ecolo » avant l’heure, il faisait manger des moisissures à ses agriculteurenfants, persuadé que cela serait bon pour leur santé (avant la découverte des antibiotiques). Il voyageait toujours par monts et par vaux (sans voiture) à cheval, ou très souvent en stop. – au début du XXe siècle !! – ma grand mère ne savait jamais où il était ni quand il allait rentrer.
Chargé de cours pour quelques temps dans une école d’agriculture, où ses élèves étaient à peine plus jeunes que lui, il en fit sortir un, en tirant lui même dehors le banc et l’élève, puisque celui ci refusait d’obtempérer;
Il était drôle, cultivé, passionné par ses expériences souvent loufoques.
Mais ma mère, sa belle fille, disait qu’il pouvait être aussi grossier ou indélicat.
Il adorait sa femme et ses enfants , mais ne s’en occupait guère.
Mon père, son fils, ne lui ressemblait en rien, mais l’admirait indubitablement.
J’aurais bien voulu le connaître et me faire moi même, une idée de sa personnalité.
Il est décédé jeune, après une banale blessure qu’il a refusé de soigner.

Christine

Je n’ai jamais connu papi Albert. Et les gens d’ici, ceux qui l’ont connu, parlent trop peu, bien trop peu pour le faire revivre. Pourtant, je vais souvent dans son jardin. Un jardin au bord de la Soue, envahi maintenant par les mauvaises herbes. Je mange les petites poires sèches d’un très vieux poirier, je me gave des mûres du roncier.

SouliersDeBois_K447Je n’ai jamais connu papi Albert. Il y a encore son cabanon de bois au fond du jardin. Les planches disjointes sont mangées par la pluie, le vent, le soleil… le temps qui passe. Dedans, ses sabots n’ont pas bougé de place. Ils semblent attendre papi Albert. Nul ne les a prévenus qu’il ne reviendrait pas. Personne n’a touché au vieux râteau rouillé ou à la binette tordue. Ni ne s’est assis sur le banc de bois où il aimait s’assoir. Ce banc n’a pas l’air solide aujourd’hui. Il ne porte plus personne depuis si longtemps. Personne ne lui a dit qu’il ne servait plus à rien désormais. Il reste là, pieds ballants, pour faire joli ou faire semblant d’être encore utile. Peut-être est-il là pour nous rappeler que papi Albert s’y asseyait. Ce banc de bois a un rôle à jouer finalement dans ce tableau. Sur un clou rouillé pend le béret de papi Albert. Un vieux béret mangé aux mites. Il ne veut plus chapeauter d’autre tête et je le comprends.

Je n’ai pas connu papi Albert moi. Je me promène et du cabanon, je regarde couler la Soue en contrebas, en pensant à lui, cet homme qui aimait vivre ici et dont me parlent encore un béret, un râteau, un banc et une paire de sabots.

Emmanuelle

 

3°) Une chambre de passage
Il y a des chambres où l’on est de passage…
Souvenez-vous de l’une d’elle où vous avez dormi et racontez les bruits, les parfums, l’ambiance…

Une chambre ? C’ est un bien grand mot pour la cabane d’Odilon, sur une côte perdue de Madagascar, face au canal du Mozambique.
Une chambre à peine plus grande que le lit, sommaire. Une fenêtre sans fenêtre. Une porte IMG_5609avec un rideau volant au vent,en guise de porte. Une mini terrasse en planches et trois marches pour descendre dans le sable, lui donnent un petit air coquet. Et puis une vue de paradis: la mer émeraude, les dunes blanc-doré, la nature à perte de vue avec quelques cocotiers, quelques arbustes tordus, des chèvres en liberté, des gamins qui s’amusent à pêcher.
Quand on sort : du sable, encore du sable.
La brise tiède du soir, d’abord délicieuse, charrie tant de sable, qu’elle recouvre vite la mini-terasse, puis à l’intérieur notre valise et même le lit. Pour dormir (après avoir bien secoué le drap) nous sommes obligés de rabattre hermétiquement celui ci sur nos têtes.
Pour se laver: une cruche et un trou dans le sol, dans la minuscule cabane d’à côté. Idem pour les toilettes.
Mais après, la promenade en mer au milieu des coraux, et les divines langoustes cuisinées par Odilon, transforment les souvenirs d’inconfort en petits miracles de pittoresque et de saveur.

Christine

J’allais sur mes quinze ans et j’étais partie un mois chez de parfaits inconnus pour parfaire mon anglais.

Dans les maisons anglaises, souvent les pièces mansardées ont de jolies fenêtres avec une mavancée sur la rue, des chiens assis je crois. C’était le cas de la chambre où je dormais. Elle avait tout le confort « cocooning » anglais. Courtepointe sur le lit en boutis fleuri, tapis moelleux, oreillers en dentelle.

Cette chambre m’était étrangère : ses parfums, son décor, tout m’était étranger. J’étais ailleurs.

Comme la nuit la fenêtre restait entrouverte – nous étions au mois d’août, il faisait chaud, même en Angleterre – j’entendais passer les trains de la gare toute proche. Je crois n’avoir jamais rien aimé tant qu’écouter les trains, la nuit, dans une chambre inconnue.

Toutes les nuits, je partais en voyage, bercée par le bruit régulier des essieux, le sifflet des chefs de gare, et les paroles du haut parleur qui égrenait les noms de villes anglaises inconnues comme une longue litanie.

 Emmanuelle

 

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